Les reliefs de l’Histoire

Du 18 janvier au 17 février 2012, sous la nef du Grand Palais, la France s’est exposée en relief.

Autour d’une carte d’état-major au 1/40 000 de 650 m2 imprimée au centre de la nef, représentant l’Hexagone pendant la seconde moitié du XIXe siècle, seize plans-reliefs monumentaux datant du XVIIe siècle au XIXe siècle montrent les villes fortifiées, gloire de la France offensive et défensive.

Fortification et Mémoire a visité cette exposition. Laissez-vous guider….mais avant de la découvrir ensemble, intéressons-nous à l’histoire des plans-reliefs.

Retour sur l’histoire des plans-reliefs


En 1668, le marquis de Louvois, secrétaire d’État de la Guerre, fait fabriquer des plans-reliefs des villes fortifiées permettant de présenter à Louis XIV les moyens d’améliorer la défense des places prises lors de la guerre de Dévolution (1667-1668).

Nicolas Faucherre résume clairement la fonction de ces plans-reliefs : «Cette construction des frontières passe aussi par la constitution d’une collection centralisée de maquettes stratégiques, les plans-reliefs du Roy, conservés dans un palais de la capitale, qui permet au roi de coordonner à distance cet immense programme de fortification aux frontières, de valider les projets, de visualiser leurs impacts dans le territoire du siège et d’en programmer les investissements. La frontière achevée, après 1697, ces maquettes stratégiques et tactiques deviennent des « jouets princiers » à montrer aux souverains étrangers de passage comme instruments de dissuasion.» in La Place forte de Mont-Dauphin.

À la fin du XVIIe siècle, près d’une centaine ont déjà été construits. Dans un premier temps installées aux Tuileries, les maquettes sont transférées en 1700 dans la Galerie du Bord -de-l’Eau au Louvre. Elles y resteront soixante-dix-sept ans. Sous Louis XV, à l’issue de la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748), les ingénieurs-géographes reprennent du service pour : représenter les places nouvellement conquises, actualiser la collection et mettre à jour les maquettes jugées périmées.

En 1777, les plans-reliefs quittent le Louvre pour être relégués dans les combles à grains de l’Hôtel des Invalides.

SAM_0207La Révolution passée, l’art des plans-reliefs connaît un renouveau pendant la période napoléonienne. L’Empereur commande des maquettes des principaux arsenaux maritimes et terrestres nouvellement aménagés ou à implanter dans les territoires récemment conquis. Les plans-reliefs de cette période, exécutés à partir de la méthode de relevés topographiques par courbes de niveau, sont désormais d’une précision remarquable.

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Des maquettes sont fabriquées tout au long du XIXe siècle pour visualiser des projets difficiles à traiter car situés dans des lieux très accidentés, comme ceux du fort de l’Écluse ou de Grenoble.

La production des plans-reliefs s’achève en 1873, avec l’abandon de la construction des fortifications bastionnées.

Cette collection, unique au monde et classée monument historique en 1927, a représenté jusqu’à deux cent soixante sites fortifiés implantés aux frontières de la France, comme dans ses anciennes possessions. Malheureusement, encombrants par leur taille, les plans-reliefs nécessitent des espaces de plus en plus importants et la fabrication au XIXe siècle des nouveaux plans-reliefs entraîne la destruction de ceux considérés comme inutiles. Ainsi disparaissent les plans-reliefs des places fortes du Canada (Louisbourg, Montréal et Québec). D’autres, saisis par les Prussiens en 1815 dans les combles des Invalides et installés à Berlin sont détruits lors des bombardements du Zeughaus en 1945, à l’exception de celui de Lille récupéré après la guerre (le Zeughaus est le plus ancien bâtiment conservé du boulevard Unter der Linden et simultanément l’édifice baroque le plus important de Berlin. Construit pour être un arsenal d’armes (Zeughaus), il abrite depuis 2006 le Deutsches Historisches Museum).

En 1940, ils sont déménagés vers le château de Sully-sur-Loire puis sur celui de Chambord pour les mettre à l’abri d’éventuels bombardements. En 1986, les plans-reliefs partent pour Lille dans le cadre de la loi de décentralisation pour revenir un an après aux Invalides, à l’exception de quinze d’entre eux, représentant des places du Nord et de la Belgique, en dépôt au musée des Beaux-Arts de Lille.

Aujourd’hui, la collection du Musée des Plans-Reliefs située à l’Hôtel national des Invalides compte une centaine de maquettes.

De l’utilité, de la conception et de la réalisation des plans-reliefs

De l’utilité

Fabriquées dans un premier temps pour des besoins militaires, ces maquettes permettent, à travers la représentation des fortifications et de leurs environs, de préparer les opérations de guerre. Elles offrent également une vision globale des lieux.

 

Les environs des villes sont aussi figurés avec précision. Il est en effet important pour les militaires de connaître l’existence des voies de communication, la nature des cultures nécessaires à l’approvisionnement des garnisons et des armées en campagne ou encore, les obstacles situés aux abords des villes (promontoire, bois, marais…).

Elles sont aussi utilisées à des fins de prestige : exposées au Louvre, ces maquettes témoignent de la puissance de la France.

Cette collection est complétée par une importante série de modèles théoriques de fortifications, conçue entre les XVIIIe et XIXe siècles pour servir à l’enseignement des élèves des différents corps d’armées, par des plans directeurs en relief au 1/20.000, ainsi que par des cartes et reliefs topographiques.

La collection s’est rapidement révélée un excellent outil pédagogique. Vauban, hostile à l’origine à la fabrication des plans-reliefs, qu’il considère comme de la gabegie, ne dédaigne pas montrer au Roi ou à Louvois les faiblesses d’une fortification ou le déroulement d’un siège.

De la conception

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les plans-reliefs sont réalisés au sein même des localités représentées, par des ingénieurs travaillant aussi bien à l’édification des fortifications des places fortes qu’à la conception de maquettes des mêmes sites. Chacun utilisant sa méthode de fabrication; il en résulte une grande variété de forme, d’échelles et de techniques de construction. Les premiers plans-reliefs, construits rapidement, sont souvent inexacts, les formes et représentations urbaines étant souvent simplifiées.

La standardisation par l’adoption de l’échelle unique d’un pied français pour cent toises, soit environ 1/600 ou encore 166 centimètres pour 1 kilomètre, pour la représentation des places fortes du royaume ne devient effective qu’à partir des années 1680, mais fut conservée jusqu’à la fin du XIXe siècle. Certains sites, peu étendus, font l’objet d’une échelle particulière.

Des générations d’ingénieurs recherchèrent les matériaux les mieux adaptés à la pérennité des plans-reliefs, mais aussi à la présentation la plus réaliste des paysages et des architectures. Puis, au XIXe siècle, l’adoption de la méthode de levés de terrain par courbes de niveau horizontales par les ingénieurs-topographes favorise la représentation la plus fidèle des reliefs des paysages, particulièrement pour les sites de montagne jusque-là exécutés de manière approximative. L’art du relief atteint ainsi un degré de précision élevé.

De la réalisation

Les plans-reliefs sont construits sous la direction d’ingénieurs-géographes, assistés d’élèves topographes et de menuisiers-modeleurs, sur la bas