Il y a cinquante ans, un graffiti ou l’instruction des transmetteurs en 1955-1965

Dans le cadre du 70ème anniversaire de la création de l’Arme des Transmissions, Fortification et Mémoire a choisi de s’intéresser à ce graffiti découvert sur le parement en briques de la porte latérale d’un magasin à poudre du fort de Bicêtre (94).

Il nous indique qu’un certain Zeltner.S, appelé du contingent, incorporé en janvier 1962 a gravé le 30 juin 1962 son appartenance (du moment ?) au Centre d’Instruction des Transmissions n°88.

Cette recherche va nous conduire sur les traces de l’instruction des transmetteurs du contingent au début des années 1960.

Le contexte historique

En 1956, le président du Conseil, monsieur Guy Mollet décide de faire appel au contingent pour ce que l’on a appelé la pacification en Algérie. Désormais, 470 000 hommes vont être déployés en permanence en Algérie, avec pour le personnel du contingent un service militaire porté à 28 mois (ramené à 16 mois à partir de décembre 1963).

A compter de cette date, les Transmissions en Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie) vont croître de 50 compagnies supplémentaires, pour un effectif opérationnel de 45 000 transmetteurs.

L’aménagement des procédés d’instruction par la création de centres spécialisés

Jusqu’en 1955, la solution adoptée pour la formation des appelés du contingent est la suivante. Les recrues destinées aux Forces Françaises en Allemagne (F.F.A.) et à l’Afrique du Nord rejoignent directement  leurs unités d’affectation et sont instruites sur place selon les modalités particulières à chaque territoire. En métropole ne sont instruits dans les unités que les personnels qui ne sont pas destinés à tenir des emplois techniques. Les futurs spécialistes, exploitants et dépanneurs, sont formés dans trois régiments d’instruction au Mont-Valérien, à Laval et à Épinal. Les trois sites accueillent 3.000 stagiaires.

Le nombre des transmetteurs du contingent étant passé de 13 000 en 1955 à 23 000 en 1957, la Direction des Transmissions se trouve confrontée à une problématique d’envergure : développer les moyens consacrés à l’instruction technique du contingent. (in Historique des Transmissions de l’Armée de Terre – Général Blondé).

A partir de 1955 les forces engagés en Algérie sont entièrement absorbées par leurs responsabilités opérationnelles et n’ont plus la possibilité de consacrer à l’instruction une partie de leurs moyens. En métropole et aux F.F.A., les unités dont l’encadrement a été considérablement réduit pour permettre le renforcement en Algérie, ne disposent plus d’instructeurs compétents en nombre suffisants. La solution adoptée va donc être d’étendre à l’ensemble des unités de Transmissions et à toutes les catégories d’appelés, la formule d’une formation assurée dans des centres d’instruction spécialisés, mais il faut à cet effet disposer d’une capacité d’hébergement de 7.000 stagiaires et non plus de 3.000. La difficulté est qu’il n’existe dans aucune garnison des casernements disponibles de grande capacité. La formation va donc devoir se répartir entre huit centre d’instruction.

Les organismes de formation en 1955 – 1957

La formation technique du personnel s’effectue au sein de quatre écoles spécialisées et de quatre régiments de Transmissions :

L’entrée du quartier Gudin dans les années 1960.

L’École d’Application des Transmissions de Montargis (E.A.T.) est installée au quartier Gudin. Elle forme les officiers d’active de l’Arme, les officiers spécialistes transmissions toutes Armes, les élèves officiers de réserve. Elle assure le perfectionnement des sous-officiers et personnels féminins des Transmissions (une partie des brevets de spécialité du second degré). L’école est dissoute le 31 juillet 1995.

Le défilé de l’E.A.T. au 14 juillet 1964 (documents envoyés par monsieur Jacques Pequeriau).

A Montargis, l'EAT défile pour le 14 juillet 1964. Collection Jacques Pequeriau.A Montargis, l'EAT défile pour le 14 juillet 1964. Collection Jacques Pequeriau.
Le Centre d’Instruction Technique de la Détection électromagnétique de Pontoise (C.I.T. / D.E.M.) est installé au quartier Bossut. Il forme le personnel civil et les militaires de tout grade à l’entretien et au dépannage des radars. Le centre est dissous le 1er octobre 1956 pour donner naissance à l’École Supérieure Technique des Transmissions (E.S.T.T. ).
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L’École Supérieure Technique des Transmissions (E.S.T.T.) a pour mission de dispenser aux officiers un Cours Supérieur (diplôme technique) et un Cours Élémentaire (certificat technique) dans les domaines de la détection électromagnétique, de la guerre électronique, des câbles hertziens et voies multiples et de la télégraphie. Les sous-officiers sont préparés aux certificats de spécialité n°1 et n°2 dans les domaines de la technique de détection électromagnétique, des câbles hertziens et voies multiples, de la technique télégraphie et chiffre, de la technique guerre électronique et de l’exploitation guerre électronique. Les transmetteurs sont formés aux techniques de la détection électromagnétique et aux techniques de la guerre électronique. L’E.S.T.T. (devenue École Supérieure de l’Électronique de l’Armée de Terre – E.S.E.A.T.- le 26 avril 1971) quitte le quartier Bossut , le 1eroctobre 1973, pour rejoindre sa nouvelle structure du quartier Leschi à Cesson-Sévigné.

L’entrée de l’ESTT, quartier Bossut, le octobre 1967. Collection Musée des Transmissions.

L’Annexe d’Agen de l’École d’Application des Transmissions (A.A.E.A.T.) est installée au quartier Toussaint. Elle forme les spécialistes transmissions toutes Armes pour l’Extrême-Orient (exploitants et mécaniciens radio), ainsi que les engagés au titre du Corps des Télégraphistes des Troupes d’Outre-Mer. Elle prépare les sous-officiers aux brevets de spécialité du premier degré. Cette école est l’annexe de l’ E.A.T. de Montargis. L’école devient en 1962, l’École Militaire Annexe des Transmissions (E.Mi.A.T.).

Entrée du quartier Toussaint, fin des années 1950. Collection Musée des Transmission.

L’École Militaire Annexe des Transmissions d’Afrique du Nord (E.M.A.T. / A.F.N.) est installée à Ben Aknoun dans la banlieue d’Alger. Elle assure la formation de spécialistes des Transmissions de toutes les catégories: officiers, sous-officiers, spécialistes féminines de l’Armée de Terre (S.F.P.A.T.) et soldats sur l’ensemble des spécialisations radio et chiffre. L’école forme également les spécialistes transmissions des Compagnies Républicaines de Sécurité, de la Gendarmerie et des Douanes. L’école est dissoute le 20 octobre 1962.

Camp de Ben Aknoun. Noter le mât des couleurs et les pompes à essence.

Le 8e Régiment d’Instruction des Transmissions (8e R.I.T.) est implanté sur trois sites : au Mont-Valérien (pour l’État-major, les Services et le 1er bataillon d’instruction), au fort de Bicêtre (pour le 2e bataillon d’instruction) et à Montoire (pour le détachement d’instruction et centre d’élevage colombophile). A Suresnes, sont formés les mécaniciens radio, les spécialistes des écoutes et de la goniométrie. Au Kremlin-Bicêtre sont formés les mécaniciens téléphone, téléimprimeur et radio. Le 8e R.I.T. a une capacité de 1 000 stagiaires.

Fort de Bicêtre - classe 1962 1/ALe 38e Régiment d’Instruction des Transmissions (38e R.I.T.) est créé le 10 août 1956. Il est implanté sur deux sites : au quartier Schneider à Laval (pour l’État-major, les Services et le 1er bataillon d’instruction) et au quartier Charner à Saint-Brieuc (pour le 2e bataillon d’instruction). Il assure la formation des exploitants radio, faisceau hertzien,  des régulateurs-télégraphistes, des crypto-télégraphistes et des exploitants et mécaniciens téléphone. Il assure également la formation commune de base des transmetteurs de la 3e Région Militaire. Le 38e R.T. (depuis le 1er juillet 1980) sera dissous le 1er juillet 1998 au quartier Ferrié (baptisé du nom du père de la radio-télégraphie militaire depuis le 28 mars 1969) à Laval. le 38e R.I.T. a une capacité de 2 200 stagiaires.

Le 18e Régiment d’Instruction des Transmissions (18e R.I.T.) est implanté sur trois quartiers à Épinal : Varaigne, Bonnard et Haxo (casernes de la Vierge). Un détachement (les 5e et 9e compagnies) est situé au quartier Proner à Montmédy. Il forme les monteurs de lignes (campagne, fixes, souterraines, souterraines à grande distance), les installateurs téléphones et téléimprimeurs, les électriciens de groupes électrogènes et de charges d’accumulateurs et les électriciens automobiles. Il assure également la formation commune de base des transmetteurs de la 6e Région Militaire et des Forces Françaises en Allemagne. Le 18e Régiment de Transmissions (depuis le 15 octobre 1964) sera dissous le 22 mai 2010 au quartier Koenig à Brettevile-sur-Odon (Caen). Le 18e R.I.T. a une capacité de 2 200 stagiaires.

Insigne du régiment et vue aérienne du quartier Varaigne. Plaquette d’accueil.

1956 – 18 RIT. Monteurs de lignes de campagne.

Le 45e Régiment d’Instruction des Transmissions (45e R.I.T.) est implanté au camp Labat à Maison-Carrée (banlieue d’Alger, aujourd’hui El-Harrach). Il forme les recrues destinées aux trois Corps d’Armées et aux quinze divisions stationnés en Algérie, dans les spécialités : exploitation radio et téléphonique, exploitation fil, exploitation V.H.F., exploitation groupes électrogènes et exploitation centres. Il enseigne les spécialités dites « rares » en complément de l’E.M.A.T./ A.F.N.. Le 45e Régiment de Transmissions (depuis le 16 juin 1976) sera dissous le 18 mai 2000 au quartier Saint-Martin à Montélimar.

La création des Centres d’Instruction des Transmissions

L’accroissement des contraintes opérationnelles liées à la situation en Afrique du Nord exige une présence de plus en plus importante d’unités sur le terrain. Ainsi, les organismes de formation ont du mal à assurer leur mission d’instruction. Les besoins en spécialistes, notamment en opérateurs et en mécaniciens radio se sont accrus. De plus, la formation dispensée doit être la plus complète possible de manière à ce que ceux-ci soient immédiatement opérationnels dès leur débarquement.

Face à ces besoins croissants, le système de formation en place est devenu inadapté en termes d’infrastructure d’accueil, de salles de cours et de formateurs. En parallèle, les régiments d’instruction de transmissions et les régiments de transmissions des Forces Françaises en Allemagne voient leurs cadres mutés pour permettre la constitution des unités nouvelles en Afrique du Nord. Également, les régiments de transmissions présents sur le terrain recentrent leur activité sur l’opérationnel.

En regard de cette situation, vont être créés cinq Centres d’Instruction des Transmissions (C.I.T.). La création de ces centres va accroître la capacité de formation de 7 000 stagiaires supplémentaires, s’ajoutant aux 3 000 places proposées par les organismes de formation cités plus haut (in Historique des Transmissions de l’Armée de Terre – Général Blondé).

Le cycle de formation

La filière d’instruction des transmetteurs du contingent, les oblige (en général) à passer par deux centres d’instruction successifs. Incorporé dans le régiment ou le centre associés à sa région de résidence, le jeune appelé y reçoit durant cinq semaines la formation militaire de base. Puis, du troisième au sixième mois, il est envoyé dans un C.I.T. ou un R.I.T. pour y être formé dans l’une des vingt-quatre spécialités possibles. En outre, il y recevra un complément de formation militaire. A l’issue de cette spécialisation, il rejoint son lieu d’instruction initial pour être dirigé vers son unité d’affectation.

Les Centres d’Instruction des Transmissions

Aux trois régiments métropolitains d’instruction des transmissions et aux trois écoles de métropole, vont s’ajouter cinq centres d’instruction des transmissions :

Le Centre d’Instruction des Transmissions n°25 (C.I.T. 25) à Bayonne est spécialisé au profit des transmetteurs parachutistes. Le C.I.T. 25 a une capacité de 250 stagiaires. Il est crée en janvier 1949 et est dissous le 1er mars 1964 avec la création du 61e bataillon de Transmissions.

Le Centre d’Instruction des Transmissions n°28 (C.I.T. 28) est créé le 1 mars 1964 au quartier Tilly à Évreux. Il a pour mission de former le personnel du Corps des Télégraphistes des Troupes de Marine (C.T.C.T.D.M.) et celui des autres Armes appelé à servir outre-mer. Il assure également la formation commune de base des transmetteurs de la 2e Région Militaire. Il cesse sa mission d’instruction le 1er juillet 1966, date à laquelle il est remplacé par le 41e Régiment de Transmissions venant d’être recréé.

Le quartier Tilly dans les années 1960.

Le Centre d’Instruction des Transmissions n°48 (C.I.T. 48) est créé le 1er décembre 1955 dans l’enceinte des quartiers Toussaint et Valence à Agen. Il est jumelé avec l’A.A.E.A.T.. Il instruit les transmetteurs de la 4ème Région Militaire. Le 1er octobre 1962, est créée l’École Militaire Annexe des Transmissions (E.Mi.A.T.) en fusionnant sur place : l’A.A.E.A.T., une partie du C.I.T. 48 et l’A.E.A.T./A.F.N. rapatriée d’Algérie. L’autre partie du C.I.T. 48 est transférée le 1er mai 1963 à la Rochelle. Le C.I.T. 48 est dissous le 31 août 1966. Le C.I.T. 48 a une capacité de 300 stagiaires.

 

Le Centre d’Instruction des Transmissions n°58 (C.I.T. 58) est créé le 1er septembre 1956 dans l’enceinte du quartier Bessières à Cahors. Il est chargé d’assurer la formation commune de base dans les spécialités de radiotélégraphistes et de monteurs de lignes de campagne, de même que les Élèves Officiers de Réserve des Transmissions. Le C.I.T. 58 est dissous le 30 avril 1966. La dernière Saint-Gabriel a été célébrée le 25 mars 1966. Depuis le 18 juin 1992, l’un des pavillons d’entrée et l’ancienne place d’armes du quartier Bessières sont occupés par le Musée de la Résistance, de la déportation et de la libération du Lot. Le C.I.T. 58 a une capacité de 500 stagiaires.

Ci-dessous un document rare et intéressant qui nous a été envoyé (novembre 2015) par monsieur Jacques Pequeriau : le menu de la Saint-Gabriel 1964 au C.I.T. 58.

A Cahors au C.I.T. 58, le menu de la Saint-Gabriel 1964. Collection Jacques Pequeriau.A Cahors au C.I.T. 58, le menu de la Saint-Gabriel 1964. Collection Jacques Pequeriau.

Le Centre d’Instruction des Transmissions n°88 (C.I.T. 88) : voir le chapitre suivant.

Le Centre d’Instruction des Transmissions n°98 (C.I.T. 98) est créé le 1er décembre 1955 dans le quartier Vauban à Sète à partir d’éléments de la 3e compagnie de télégraphistes coloniaux. Il instruit les transmetteurs de la 9e Région Militaire. Le C.I.T. 98 est dissous le 30 septembre 1965. Le C.I.T. 98 a une capacité de 350 stagiaires.

Le Centre d’Instruction des Transmissions n°88

Après avoir abordé, succinctement, la formation des transmetteurs, revenons au sujet central : le Centre d’Instruction des Transmissions n°88.

Sa création et sa mission

Créé le 1er août 1956, le Centre d’Instruction des Transmissions n°88 (C.I.T. 88) est implanté dans les locaux de la caserne Saint-Martin à Montélimar. Après une période de démarrage de trois mois, pendant laquelle sont créés l’ensemble des Services du Corps, l’instruction débute avec le contingent 1956/2B.

Centre national, le C.I.T. 88 est chargé de la formation technique des transmetteurs sélectionnés dans les spécialités de : régulateurs, chiffreurs et mécaniciens de machines à chiffrer. Le champ de ses missions est étendu en 1959 à la formation d’opérateurs et de mécaniciens radio. Il assure également la formation commune de base des transmetteurs de la 8e Région Militaire, de ceux affectés en Afrique du Nord et en Allemagne. En 1964, le C.I.T. 88 devient le centre national d’instruction des engagés volontaires de longue durée (E.V.L.D.) de l’Arme des Transmissions. Le C.I.T. 88 à une capacité de 800 stagiaires.

L’entrée du C.I.T. 88. Caserne Saint-Martin. Les étoiles chérifiennes indiquent-elles encore le passage du 28ème Régiment de Tirailleurs Tunisiens ? La pancarte marron invite les cyclistes à mettre pied à terre.

Son quartier

La première pierre du bâtiment central de la caserne Saint-Martin a été posée en 1733 . Il fut construit en plusieurs fois (1820 et 1848) sur une méthode consistant à s’appuyer sur sa partie sud pour le prolonger vers le nord. Deux autres bâtiments latéraux furent construits entre 1875 et 1878. Ce quartier a successivement abrité : un bataillon d’infanterie, la Légion Garibaldienne en 1914, un bataillon de tirailleurs du 28e Régiment de Tirailleurs Tunisiens entre les deux guerres, une unité sanitaire et une formation d’intendance allemandes en 1944 et de 1940 à 1946, les 700 enfants de l’école des enfants de troupes d’Épinal repliés en zone sud.

Source de la photographie ci-dessus :

http://f6kez.doomby.com/pages/f6kez-hier/section-radioamateur-45-rt.html

Pour redonner une nouvelle jeunesse et une fonctionnalité à ce quartier laissé plus ou moins à l’abandon après le départ des enfants de troupe, d’importants crédits sont mis en place par la Direction des Transmissions et par la Région Militaire. Le C.I.T. se dote d’une cuisine moderne, d’un foyer et d’un mess neufs, de chambres de troupes et de salles de cours remises en état (in La Revue des Transmissions n°82).

Son organisation

En 1960, le C.I.T. 88 s’articule autour de trois compagnies : la compagnie de commandement et de services, la 1ère compagnie avec 250 recrues recevant la formation commune de base et la 2e compagnie avec 200 à 250 stagiaires répartis en deux contingents :

  1. de la huitième à la seizième semaine de service, le transmetteur se prépare au certificat commun pour les régulateurs et les chiffreurs (101/Trans),
  2. de la dix-septième à la vingt-quatrième semaine de service, il se prépare soit à la spécialité de chiffreur (200/Trans), soit à celle de mécanicien du chiffre (206/Trans).

En 1962, le C.I.T. 88 comporte désormais quatre compagnies d’instruction pouvant accueillir 800 stagiaires.

Le capitaine Jean Fauché écrit : « …le climat de Montélimar, malgré son mistral réputé, favorise les exercices de plein air et les monts de l’Ardèche offrant des paysages proches de ceux de l’Algérie donnent un air de vérité aux heures de contre-guérilla. Sur le plan sportif, le petit nombre de permanents ne permet de constituer que des équipes éphémères et parmi les stagiaires restant quatre mois au corps, trop sont inaptes physiquement. Sur le plan militaire….le C.I.T. 88 s’est efforcé : d’accomplir intégralement le programme de la formation commune de base, de former comme élèves gradés tous les élèves stagiaires que leur niveau intellectuel désigne pour occuper des places de sous-officiers de réserve.» (in La Revue des Transmissions n°82 – Janvier-février 1959).

Un Centre d’Instruction Technique sportif

De nouveau le capitaine Fauché : « Le C.I.T. 88 bien que figurant parmi les corps les moins étoffés en personnel de la 8éme Région, a participé à toutes les compétitions régionales, alors que des centres d’instruction plus importants déclaraient forfait. Il a battu, au classement général, des corps comme le 4e Génie et a remporté, au classement individuel, des places d’honneur contre des concurrents redoutables tels que les tirailleurs ou les chasseurs alpins.»(in La Revue des Transmissions n°82 – Janvier-février 1959).

En 1964, le C.I.T. 88 devient champion de France militaire de basket-ball en battant le 2e Régiment du Génie de Metz sur le score de 58 à 48. Cette victoire est, lit-on, le fait de : « .. joueurs qui puisent leurs forces dans un esprit de corps et de camaraderie, avec la volonté de faire triompher les couleurs bleu ciel des Transmissions.» (in La Liaison des Transmissions – Mai-juin 1964).

Sa dissolution et sa transformation

Le 18 mars1962, les accords d’Évian entrent en application, marquant la fin de la guerre d’Algérie. L’arrêt des hostilités entraîne de facto la réduction des effectifs et des transmetteurs en particulier. Des formations et des unités sont dissoutes, les Régiments d’Instruction de Transmissions vont devenir Régiments de Transmissions et les centres d’instruction progressivement fermés. Le service militaire va être ramené à 16 mois . L’ensemble de ces facteurs vont une nouvelle fois obliger la Direction des Transmissions à réaménager son système de formation.

Le C.I.T. 88 ne va pas échapper à la règle, il est dissous le 30 avril 1966. Il est recréé et réorganisé le 1er juin 1966, pour prendre l’appellation de 45e Régiment d’Instruction des Transmissions (45e R.I.T.) qui devient le centre national d’instruction des engagés volontaires de longue durée des des Transmissions (E.V.L.D.).

Le 29 septembre 1966, dans la cour de la caserne Saint-Martin, a lieu la cérémonie de remise du drapeau du 45e Régiment d’Instruction des Transmissions. Cérémonie couplée avec celle de la Saint-Gabriel.

Petite histoire d’un drapeau

Le 45ème Régiment de Transmissions a détenu trois drapeaux.

Le premier a été remis par le Ministre des Armées au Général Merlin, inspecteur de l’Arme des Transmissions et confié au lieutenant-colonel Saulnier, chef de Corps du 45e R.T., le 7 décembre 1946. A sa dissolution, le 15 août 1962, la garde en est confiée à l’ École Supérieure Technique des Transmissions de Pontoise (E.S.T.T.).

Le second est remis le 29 septembre 1966 au lieutenant-colonel Le Guillou, chef de Corps du 45e R.I.T. qui vient d’être créé à Montélimar. Il s’agit d’un drapeau neuf remis le 8 novembre 1965 à l’ E.S.T.T., en échange du premier qui est alors remis au Musée de l’Armée. Ce drapeau portait l’inscription « 45E RÉGIMENT DE TRANSMISSION ». Il ne comportait pas de « S » à la fin du mot Transmission alors qu’il y en a un sur tous les drapeaux des Régiments de Transmissions. A l’époque de la confection du deuxième drapeau (1965, pour un coût de 2 658,60 francs. In Historique du 45e R.T.), on se demandait s’il fallait considérer « les transmissions » ou « la transmission ».

Un troisième drapeau est alors confectionné. Avant d’apparaître le 28 février 1992, sur la place d’armes du quartier Saint Martin, il dut retourner au fort de Vincennes, car il manquait les « 45 » dans chacun des huit angles du drapeau (entre les couronnes de laurier) (propos rapporté par Monsieur Joël Pontonnier, alors Président des lieutenants). Le régiment resta un mois sans drapeau. Le 18 mai 2000, à la fin de la cérémonie de dissolution du 45ème R.T., le colonel Hodes l’a remis au général Sandou, Directeur des Télécommunications et de l’Informatique en Région Militaire Départementale de Lyon. Il a été ensuite déposé au Service Historique de la Défense de Vincennes, le 24 mai 2000.

Épilogue

Malheureusement, les recherches entreprises au travers des réseaux sociaux n’ont pas permis de retrouver l’auteur du graffiti.

Cependant, le soldat du contingent 1962 1/A Zeltner.S., a pu témoigner de son passage au fort de Bicêtre aux occasions suivantes :

A compter du 1er novembre 1958, l’ Établissement Annexe du Matériel de transmissions n° 800 (E.A.M.T., transformé le 1er octobre 1966 en E.A.M.T./nord) est installé au fort de Bicêtre. Il est chargé d’assurer au niveau de l’échelon central la gestion et le suivi des matériels du chiffre de tous les organismes et unités de l’armée de Terre. Ainsi, le transmetteur Zeltner était peut-être de passage à l’E.A.M.T. 800 de Bicêtre pour une liaison chiffre, puisque le C.I.T. 88 dispense les formations chiffre (chiffreur, régulateur, mécanicien).

A la suite de sa formation initiale au C.I.T. 88 de Montélimar, le transmetteur Zeltner est en formation de spécialisation mécanicien téléimprimeur au 2e bataillon du 8e Régiment d’Instruction des Transmissions.

En l’absence de l’explication de l’intéressé, voici ce qu’au travers de nos recherches nous pouvons en déduire, à défaut de pouvoir conclure.

Nous espérons que cet article vous aura intéressé tout autant qu’il fût passionnant pour nous à écrire. En tout cas, Fortification et Mémoire  est heureux de vous faire partager le fruit de ses recherches.

Cet article n’est pas clos et pourra évoluer au rythme des informations que chacun voudra bien y apporter.

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