Fort Boyard, l’inutile vaisseau (2/2)

fort-boyard-carte-postale-06-07-2013-202201Emboîtant le pas à l’exposition : « FORT BOYARD, les aventures d’une star », du 19 avril 2012 au 31 décembre 2013, au musée national de la Marine de Rochefort, Fortification et Mémoire vous conte à son tour l’étonnant destin de ce vaisseau de pierre.

Fortification et Mémoire vous invite à poursuivre la découverte des différentes vies du plus célèbre des forts maritimes…..embarquons !

1837-1860, Louis-Philippe à la barre

      Un troisième projet !

De 1809 à 1837, l’enrochement de Boyard est abandonné à la houle. Après trente ans de paix avec l’Angleterre, la politique extérieure de Louis-Philippe ravive les tensions.

En 1837, le ministre de la Marine, le vice-amiral Claude du Campe de Rosamel, charge une commission : d’examiner l’état de l’enrochement, de juger de l’intérêt et de l’opportunité d’un tel ouvrage, compte tenu de l’apparition des bateaux à vapeur et de l’évolution de l’artillerie. La commission réalise de nouveaux sondages, et rend l’avis suivant : «La commission chargée d’examiner l’enrochement de Boyardville en 1837 a conclu, d’après le déplacement de plusieurs blocs et l’immobilité de plusieurs autres, que la hauteur de la lame du sommet jusqu’au creux peut s’élever à 8 m. au maximum […] A plusieurs reprises des blocs de 15 m³ ont été sous nos yeux entièrement soulevés par la mer […] En novembre 1852, la mer a culbuté un chemin débarcadère du musoir sud, cubant environ 280 m., arcbouté contre ce fort […] Cette masse a été non seulement renversée, mais encore roulée […] Il est certain néanmoins que les vagues qui se soulèvent autour du fort Boyard sont d’une très grande puissance. Nous les avons vues, plusieurs fois chaque année, franchir le fort en nappes épaisses, dans la longueur du nord-ouest au sud-est, et il a été constaté que la masse entière du fort, environ 40 000 m³ de maçonnerie, oscille sous les coups de ces lames dans les plus violentes tempêtes.».

L’enrochement s’est encore tassé d’un mètre, mais il offre maintenant une base compacte et stabilisée. La reprise des travaux est décidée, avec des méthodes nouvelles.

Nouvelle image (4)Une idée originale pour la protection des parements, les huîtres : «Les huîtres présentent toutefois une adhérence remarquable aux pierres, et il est possible que, si la main de l’homme ne contribuait pas plus que les accidents physiques à en arrêter le développement au niveau des plus basses mers, les bancs pourraient prendre à la longue les proportions de véritables rochers, et suppléeraient plus efficacement que tout moyen artificiel à la protection que l’on reconnaît indispensable de procurer aux enrochements de blocailles, contre l’action dynamique de la mer […] ».

     De nouvelles techniques

Techniquement, il faut d’abord aplanir la surface de l’enrochement : des murets d’un mètre de haut sont réalisés au moyen de sacs de toile remplis de ciment hydraulique formant des caissons. Ces caissons de huit mètres cube sont remplis de béton et de chaux hydraulique, et recouvert de ciment à prise rapide. Cette structure alvéolaire artificielle est renforcée par une risberme, sorte de ceinture en pierre de deux mètres de large, elle-même entourée d’énormes blocs en pierre de quinze mètres cube. Il est ensuite prévu de réaliser une base en pierre de taille jusqu’à deux mètres au-dessus des plus hautes mers. Cette structure doit mesurer soixante-cinq mètres de long sur trente-cinq mètres de large.

Cette base doit accueillir le fort, dont la construction est confiée au Génie militaire jusqu’à deux mètres au-dessus des plus hautes mers, puis aux travaux maritimes pour le fort proprement dit.

      La construction commence

En 1841, après le déblocage de deux millions et demi de francs sur quatre ans, les travaux permettant l’édification de la base du fort démarrent et ce malgré les attaques de la mer. Se met en place une organisation en deux équipes, l’une à Boyardville, l’autre sur un ponton amarré au fort. Les ouvriers sont jusqu’à cinq cents, en moyenne deux cents, certains spécialisés, d’autres complétant leurs revenus agricoles. Des murs sont construits et résistent aux tempêtes de l’hiver 1842-1843.

En 1842, une machine à vapeur accélère la fabrication de la chaux et le broyage de la pouzzolane. Le chantier est l’occasion de constantes expérimentations, en particulier pour améliorer les ciments à prise rapide et résistants à l’eau de mer.

L’emploi de l’eau de mer dans la confection des mortiers : «Pour les travaux de construction du fort Boyard, il était impossible de s’assurer un approvisionnement d’eau douce suffisant pour l’extinction de la chaux ; et lorsque l’organisation de l’atelier ne permit plus de faire du mortier à terre, ce qui présentoit d’ailleurs d’autres inconvénients, on fut obligé de recourir à l’emploi de l’eau de mer […]. Nos mortiers de Boyard traités par l’eau salée nous ont toujours paru très satisfaisants […]. La consistance des mortiers ainsi triturés était favorable à la bonne exécution de nos maçonneries ; ils durcissaient promptement en conservant une légère humidité qui leur était éminemment salutaire, surtout au vent et au soleil qu’ils avaient le plus ordinairement à braver […] ».

En 1844, un remorqueur à vapeur est affecté au remorquage des gabares.

Le 14 octobre 1848, la Marine remet officiellement aux travaux maritimes la base du fort, qu’elle a réussi à élever sur deux mètres au-dessus des plus hautes mers.

En 1849, la construction du fort proprement dit, démarre en conservant les plans de 1801, avec pour apports au projet originel :

  • un grand escalier monumental d’accès plongeant dans la mer dessiné le long du fort, protégé par un retrait de son enveloppe, à l’ouest ;
  • la largeur de la cour portée à douze mètres ;
  • la hauteur des étages portée à quatre mètres ;
  • le système de recueillement des eaux pluviales est muni de filtres afin que les embruns ne puissent se mêler aux eaux douces des citernes ;
  • des évents sont prévus au-dessus de chaque embrasure.

     Le problème des évents

En octobre 1850, le directeur des fortifications, Guyot-Duclos, estime préférable de renoncer aux évents prévus au-dessus des embrasures parce qu’ils risquent d’affaiblir un mur d’enceinte devant être soumis à de très violents ébranlements lors des tirs. Pour que les artilleurs ne soient pas enfumés et asphyxiés par la fumée dégagée par la poudre noire, il propose d’ouvrir les casemates du côté de la cour intérieure.

Le 7 janvier 1851, le Comité des fortifications approuve la suppression des évents en demandant leur remplacement par des conduits de ventilation ménagés dans le mur d’enveloppe et débouchant dans le parapet de la plateforme sommitale. Les évents du premier niveau ayant déjà été réalisés, sont murés.

     Le fort sort de l’eau

En 1850, on construit deux jetées et un embarcadère au sud, mais les gabarres ont du mal à accoster, ce qui ralentit le chantier. En 1851, le nord du rez-de-chaussée est achevé et en 1852, il est possible de loger les ouvriers directement sur l’enrochement et l’ensemble du rez-de-chaussée est achevé. En 1854, le premier niveau est à son tour terminé.

Pour construire le mur d’enceinte en grand appareil dont l’épaisseur est de 2,30 mètres à sa base, on utilise de la pierre dure de Crazannes (Charente-Maritime, la pierre de Crazannes a servi à la construction du socle de la statue de la liberté à New York), alors que les murs de parement intérieur ainsi que les voûtes sont en pierre de Saint-Savinien (Charente-Maritime). Enfin, les joues des embrasures, pour des raisons de résistance aux explosions et de sécurité pour les défenseurs (moins de projections d’éclats) sont en brique.

Tel qu’il est, l’ouvrage consiste en une tour de vingt-trois mètres de haut, tourelle non comprise, dessinant un parallélépipède à extrémités hémicylindriques, le tout inscrit dans un rectangle de soixante-huit mètres sur trente-cinq mètres. Le centre de l’édifice est évidé d’une cour centrale, à plan identique, et sur laquelle donnent les baies des locaux qui l’enveloppent.

    Son aménagement théorique

Au sous-sol, dans l’enrochement, sont installés :

  • des citernes pour une contenance totale d’environ 325.000 litres d’eau filtrée, amenant l’eau aux étages grâce à un système de pompes perfectionné ;
  • des magasins à obus groupés à l’extrémité sud-est (la moins exposée), à charbon, à bois ;
  • une cave et des réserves.
Légende  

L’accès au fort se fait soit par le grand escalier extérieur (toujours en état) dont l’entrée est barrée par une imposante porte en bronze. Cet accès donne directement dans la grande cour intérieure du rez-de-chaussée; soit par l’arrière du fort, par un petit escalier partant du havre de débarquement (détruit par les Allemands), à l’aplomb de la vigie.

Au rez-de-chaussée sont réunis :

  • les magasins à vivres, à poudre, d’artillerie et du Génie (au sud-est) ;
  • les cuisines, la boulangerie, le réfectoire ;
  • un corps de garde, une salle de police ;
  • les latrines ;
  • quatre escaliers distribuant les étages du fort, sous lesquels sont placées des cages à poules ;
  • douze canons peuvent également prendre place dans les douze batteries-casemates.
Plan du rez de chaussée au 1 500Légende  

Le premier étage est destiné aux :

  • logements des officiers (à l’ouest) ;
  • des sous-officiers et des employés (au nord-ouest) ;
  • des soldats (au nord-est) ;
  • des magasins à vivres (au sud) ;
  • douze canons peuvent également prendre place dans les douze batteries-casemates.
cellule 1960casemate reservée aux gradéescasemate restaurée      

Le second étage est prévu pour :

  • le logement du commandant ;
  • le logement des officiers supérieurs ;
  • le logement du chirurgien ;
  • l’infirmerie et la pharmacie (au sud) ;
  • douze canons peuvent également prendre place dans les douze batteries-casemates.

Fort boyard (4)La plateforme sommitale, achevée en 1857, comporte :

  • la tour de vigie au sud (culminant à vingt-neuf mètres au-dessus des plus basses marées), équipée d’un sémaphore ;
  • une horloge (au nord) ;
  • une grue et divers monte-charges permettant les transport de matériel entre le petit port et les différents niveaux ;
  • les conduits de récupération de l’eau de pluie ;
  • des affûts maçonnées pour dix-huit pièces d’artillerie tirant à barbette ;
  • dix-huit pièces d’artillerie.

Le fort est prévu pour accueillir deux cent soixante-quatre hommes en temps de guerre. En cas de siège, ses différents magasins et ses citernes lui garantissent un approvisionnement de deux mois.

Au total, Boyard compte soixante-six pièces voûtées (douze par étage) et treize soutes en sous-sol pour une surface au sol de 2.065 m2.

     Le havre d’abordage et l’éperon brise-lames

fort_boyardEn 1859, bien que le fort soit orienté de manière à offrir le moins de résistance possible aux lames venant du pertuis d’Antioche, son musoir nord est trop large (plus de trente mètres) : lors des tempêtes, des paquets de mer s’élèvent à plus de vingt mètres menaçant de retomber à l’intérieur du fort; à l’inverse par temps calme, les lames qui roulent le long du fort rendent impossible le débarquement, ce malgré le grand escalier construit à l’ouest à cet effet. De plus, le manque de fond (six mètres seulement à cent mètres du fort) empêche les bateaux d’accoster.

Le Génie maritime étudie un brise-lames placé en avant du fort et un havre d’abordage, à l’arrière du musoir sud. Ce havre est composé deux jetées de vingt-deux mètres de long sur quatre mètres de large, reliées par une petite jetée perpendiculaire afin de réduire l’ouverture de l’entrée et créer un véritable petit port. Quant au brise-lames, il consiste en une vaste muraille en forme de chevron devant être construite à vingt mètres au nord du fort. La difficulté de réalisation ramène le projet à un éperon en triangle accolé au fort d’une ouverture de 120°, réalisé en 1864, en même temps que le havre de débarquement, dont les jetées sont prolongées de vingt-deux à trente mètres.

      L’armement du fort

L’armement du fort commence également en 1859, selon les dispositions adoptées en 1854 soit :

  • 12 canons de 36 au rez-de-chaussée ;
  • 22 canons-obusiers de 22 aux premier et deuxième niveaux ;
  • 18 canons de 36 sur la terrasse.
canon de 36  

Des rails engravés dans le sol des casemates et de la terrasse permettent un pivotement maximal des pièces d’artillerie, approvisionnées en munitions par trois monte-charges.

Un exemple de réplique d'affût à aiguille, proche du modèle de Montalembert, au fort Pulaski, Savannah, Georgie.  

Théoriquement armé de 74 canons sur ses trois niveaux, le fort est à l’image des vaisseaux de 74 à trois ponts qui ont maqué la fin du XVIIIe siècle. De plus, comme ces vaisseaux à trois ponts, le fort compte trois niveaux de casemates. Aussi, il facile d’affirmer que Boyard a été conçu comme la réplique de pierre d’un de ces vaisseaux, d’où le terme de vaisseau employé dans le titre de l’article : le vaisseau inutile. Il constitue la meilleure illustration de la pensée de Montalembert, mais pouvait-on concevoir une autre construction sur cet îlot très exigu ?

FORT-BOYARD En 1860 survient ce que l’on nomme : la crise de l’artillerie rayée et de l’obus-torpille [ voir les différents articles sur l’artillerie ].  A peine achevé, en 1866, les progrès de l’artillerie rayé rendent inutile ce fort planté entre Aix et Oléron, car les années 1860 sont celles de la mise au point de l’artillerie rayée révolutionnant d’un seul coup tous les principes de la fortification. La portée des canons approche désormais les cinq mille mètres. Dès lors, les batteries établies au fort de La Rade, sur la pointe méridionale de l’île d’Aix, au fort des Saumonards, au nord-ouest de l’île d’Oléron ou à Boyardville peuvent croiser leurs tirs et interdire l’accès de la rade. La fonction du fort Boyard est déjà obsolète au moment de son achèvement. Le fort ne recevra jamais ses 74 pièces d’artillerie, mais seulement trente vieilles pièces de 16 centimètres du type 1858-60 modifiées et à chargement par la gueule! Elles sont uniquement déployées au rez-de-chaussée et sur la terrasse. Les deux niveaux de casemates, à l’origine de tant de débats et de polémiques, ne seront jamais armés !

canon1866 – 1913, qu’en faire ?

Le 6 février 1866, le fort est achevé, avec son havre de débarquement et son brise-lames. Son procès-verbal de réception est signé .

Fier de son œuvre, l’État décide de faire construire une maquette démontable du fort à l’échelle 1/100000ème pour le montrer au public lors de l’exposition universelle de 1867.

En 1870, le fort devient prison militaire pour des soldats prussiens et autrichiens et à partir de mai 1871, Boyard sert une nouvelle fois de prison pour huit cents Communards, en attente de leur transfert vers la Nouvelle-Calédonie.

cour intérieureEn 1872, et pour quarante ans, le fort Boyard est réoccupé par la Marine. Il devient le poste de commandement de la branche sud de la ligne de torpilles de fonds immergées défendant désormais l’accès de la rade. Ces quarante-huit torpilles sont reliées au fort d’où, il est possible d’en déclencher l’explosion.

En 1873, le marégraphe du fort d’Énet est transféré à Boyard.

Au total, une dizaine d’hommes seulement occupent un édifice qu’il faut sans cesse entretenir avec un coût estimé à 500.000 francs pour la période de 1803 à 1866.

En 1880, la vigie est équipée d’un phare qui permet d’éclairer la rade de l’île d’Aix.

En 1895, l’explosion accidentelle d’une ligne de torpilles provoque un véritable petit tremblement de terre, qui n’endommage pas le fort.

En 1898, la Commission d’études pour la défense du littoral examine la possibilité de le réarmer et de le réaménager en réponse aux nouveaux obus explosifs. Ce projet consiste à détruire le deuxième étage et toute la partie nord pour y implanter une tourelle cuirassée et de protéger les structures existantes en béton armé. Le coût estimé de tels travaux, ajouté aux sommes déjà engagées (8,6 millions de francs pour sa construction), sont sans proportions avec l’amélioration attendue, le projet est abandonné.

En 1910, il ne reste plus que trois personnes à temps plein sur le fort : un quartier-maître torpilleur, un spécialiste du marégraphe et un gardien de batterie, assurant l’entretien des canons vieux de cinquante ans !

1913 – 1979, la mort lente du fort Boyard 

En 1913, le fort est déclassé et abandonné. Les travaux d’entretien sont stoppés et les derniers gardiens des lieux s’en vont. Durant la première guerre, seul un petit détachement (de territoriaux ?) reste sur le fort, sans grande utilité.

en activité 1900fort boyard 1910port fort boyard Fort-Boyard au début du 20ème siècle, observatoire marégraphique du Service Hydrographique de la Marine entre 1873 et 1909fortboyard_vigie1907      

En 1925, il est débarrassé de ses canons par deux ferrailleurs locaux. Pour pouvoir les récupérer plus facilement, ils n’hésiteront pas à faire exploser les plus grosses pièces directement dans les cellules ! Il devient alors pendant soixante ans, un paradis pour les oiseaux de mer comme pour les pillards qui récupèrent les boiseries, les portes, les volets… . Sans entretiens, le port d’abordage et le brise-lames disparaissent peu à peu sous les attaques de l’océan.

1925Durant la seconde guerre mondiale, le fort sert de cible pour les Allemands, qui malgré sa masse semblent ne pas l’avoir atteint; c’est son dernier usage militaire.

En 1950, le fort est laissé officiellement à l’abandon par l’armée qui, pour le protéger, le fait classer au catalogue des monuments historiques. Son inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historique est datée du 1er février.

fort_b11terasse de puis la vigieT_V_F_8_034      

Le 20 juillet 1958 à 19 heures 27 minutes, un tremblement de terre provoque de nombreux dégâts sur tout le littoral. Le fort ne subira que des dégâts minimes.

secouuseLe 4 octobre 1961, le ministère des armées, vend le fort aux Domaines pour 7.500 nouveaux francs.

fort boyard 1960terasse 1960fort boyard 19601carrelet      

Le 28 mai 1962, à 15 heures, le fort est mis en vente. Il sera acquis par André Aerts, hôtelier à Courchevel, pour 28.000 nouveaux francs. L’acquéreur n’ayant pas les moyens de l’entretenir, et encore moins de le restaurer, le fort est de nouveau à l’abandon, et subit les agressions du temps. Il continue à être dépouillé d’un grand nombre de boiseries et de ses métaux.

vente2Le plus de Fortification et Mémoire : la vente aux enchères de fort Boyard.

Le 12 avril 1967, le fort sort de l’oubli en réapparaissant grâce au final du film de Robert Enrico « Les Aventuriers » avec Lino Ventura, Alain Delon, Joanna Shimkus et Serge Regianni. Le fort est présent à l’écran quinze minutes, en toute fin du film, lors de la scène de fusillade. Celle-ci permet de découvrir le fort dans son état de 1966 (année de tournage) : l’extérieur avec le brise-lames encore présent, l’intérieur encombré de gravats et la plateforme sommitale.

Mais, il retombe vite dans l’oubli. Seuls à son bord, les goélands argentés le font vivre.

1988-20…, la renaissance

Monsieur Aerts revend son fort en novembre 1988 pour 1,5 million de francs au producteur de jeux télévisés Jacques Antoine. Celui-ci le revend aussitôt au Conseil général de Charente-Maritime pour un franc symbolique. En échange, le département s’engage à effectuer les travaux de rénovation, et assure l’exclusivité de l’exploitation du lieu à la société de production de Jacques Antoine. Dès lors, le lieu devient le cadre d’un jeu télévisé. Nous ne développerons pas plus avant cette partie de la vie du fort Boyard, car se serait sortir complètement du cadre de cet article.

photo_68Dès 1989, la rénovation totale du fort commence. Une plateforme offshore est construite à vingt-cinq mètres du fort, pour en permettre l’accès en bateau, devenu impossible depuis la destruction du havre d’abordage. Le fort est entièrement nettoyé, cinquante centimètres de guano et sept cents mètres cube de gravats sont évacués. Une passerelle intérieure est construite au premier étage et la cour centrale est divisée en deux : la « salle du trésor » et une autre salle qui sert à présenter les candidats. Les menuiseries (portes, fenêtres, volets) sont posées. La vigie est réhabilité. Mais, il n’y a eu aucune véritable restauration de la pierre, d’ailleurs les herbes folles sur la terrasse du fort, sont restées quelques années après la première saison du jeu !

De février à avril 1996, seconde restauration où il s’agit principalement d’étanchéifier la terrasse sur sa partie nord, la plus abimée et la plus exposée à l’eau lors de vents forts. S’agissant d’un monument historique il ne faut pas que les matériaux pour le rendre étanche se voient. Il a donc fallu démonter toutes les pierres du sol de la terrasse, mais aussi celle des plateformes d’artillerie et du parapet extérieur de la terrasse (surface inclinée en briques rose). Au même moment un renforcement du bâtiment est réalisé avec la pose d’un plancher sous la forme de gros pieux métalliques sont enfoncés dans la pierre d’origine permettant une meilleure liaison de l’ensemble. Par-dessus cela il y a la couche étanche et ensuite les pierres du sol sont reposées a leurs emplacements originaux, le tout est invisible. Seules les briques roses seront changées par des nouvelles. Fait étrange on distinguera la disparation d’un escalier situé avant 1996, derrière l’ancienne horloge permettant de monter sur le glacis. L’hélicoptère employé pour les travaux aura fait au total près de six mille rotations entre le fort et Boyardville.

Photo-Fort-Boyard-2infiltration d'eauDe novembre 1998 à février 1999, il s’agit d’étanchéifier la face extérieure nord (le côté  opposé à la vigie) où une fissure est présente depuis plusieurs années. L’eau menace de s’engouffrer dans le fort, de plus il faut terminer l’étanchéité sur le reste de la terrasse commencée en 1996. L’ancienne horloge et la corniche qui fait le tour de la cour intérieure sont aussi remises en état. Les pierres des carrières de Thénac (Charente-Maritime) et les briques rose de Toulouse sont amenées depuis l’île d’Oléron. Cette restauration aura coûté 14 millions de francs (environ 2.134.000 €) au département de la Charente-Maritime, mais cela a permis de sauver le fort Boyard des eaux.

Durant l’hiver 2003-2004, la  cour centrale et la passerelle en bois du premier étage sont restaurées.

D’août à septembre 2005, cette nouvelle campagne de restauration est spécialement destinée à la réfection des murs en pierre de la cour intérieure, de tous les piliers, des arcades et des deux grands murs parallèles. Il s’agit de changer les pierres cassées ou  abimées et de réaliser un nettoyage complet des murs en refaisant les joints. L’entreprise qui a réalisé les travaux fait venir les pierres en hélicoptère depuis l’ile d’Oléron et elles sont taillées sur place, sur la terrasse du fort, avant de descendre par les échafaudages.

D’août à Novembre 2011, la vigie du fort a subit une restauration intégrale.  L’ensemble de la structure métallique a été entièrement changée, pour être reconstruite à l’identique avec des matériaux composites. Dans le même temps, on réalise une cure de jouvence.

Visionner le reportage réalisé par France 3, en 2007 : ici.

 

Le dépliant du fort Boyard édité par le département : cliquez ici.

Conclusion…. provisoire

Le  désormais célèbre jeu « Fort Boyard », fait le tour du monde. Cette célébrité a, au moins, le mérite de permettre la restauration et l’entretien du fort Boyard. Mais, à n’en pas douter, une bonne partie des Aixois, comme tous les des passionnés de fortification, regrettent le temps où l’on pouvait passer quelques heures, isolé, sur ce géant de pierre. Géant que l’on ne peut maintenant regarder que de l’extérieur. Le fort a désormais une nouvelle vie, en attendant la prochaine…

Nous espérons que cet article vous aura intéressé tout autant qu’il fut passionnant pour nous à écrire. En tout cas, Fortification et Mémoire est heureux de vous faire partager le fruit de ses recherches.

Sources

 Bibliographiques

  • Brochure de l’exposition : Fort Boyard, les aventures d’une star. Musée nationale de la Marine ;
  • Les bastions de la mer. Editions patrimoine et média. Nicolas Faucherre. 1995.
  • Les forteresses de l’Empire. Editions du Moniteur. Philippe Prost. 1991.
  • Châteaux et forteresse de France. Yves Barde. 2000.
  • 2000 ans de fortification française. Volume 2. Pierre Rocolle.
  • Les derniers châteaux forts. Philippe Truttmann. 1993.
  • La fortification perpendiculaire. Montalembert.
  • Histoire de la fortification jusqu’en 1870. Tome 2.
  • Génie de la place d’Oléron, Registre des expériences.
  • Napoléon et la défense des côtes. Chef d’escadron J.F Delaunay. 1890.

Internet :

  • wikipedia.fr
  • fan-fortboyard.fr
  • fortboyard.net
  • fort-boyard.fr
  • clham.org
  • gefaix.pagesperso-orange.fr
  • histoire-image.org
  • http://5500.forumactif.org
  • museedesplansreliefs.culture.fr

1992_Archives départementales de Charente-Maritime - Cliché C. AYRAULT

 

 

 

 

 

 

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