Canon versus cuirasse, le vainqueur est …(3/3)

Dans cet article, les documents mentionnés : « Collection Vaubourg Cédric » ou      « Collection Vaubourg Julie » ou « Collection Vaubourg Cédric et Julie » ou « www.fortiffsere.fr » sont publiés avec l’extrême amabilité de monsieur et madame Cédric et Julie VAUBOURG. Ces documents sont extraits de leur site : www.fortiffsere.fr, le site web sur la fortification Séré de Rivières.

Les Festen d’Alsace-Lorraine ou les fortifications de l’annexion

En Alsace-Lorraine annexées, les Allemands adoptent le principe d’une construction de forts formant des groupes fortifiés (Festen) autour de quatre villes : Strasbourg, Metz, Mutzig et Thionville afin d’entourer celles-ci d’une ou de deux ceintures fortifiées. Ces Festen sont construites entre 1870 et 1916. Cette deuxième ceinture fortifiée devient désormais la « première » en termes de poliorcétique. Elle est placée à environ une dizaine de kilomètres de l’agglomération à protéger, en s’appuyant principalement sur un nouveau concept, celui du « groupe cuirassé » (Panzergruppe) rapidement rebaptisé « groupe fortifié » (Feste).

La Feste est « un grand fort » à éléments détachés. L’originalité de sa construction résulte des leçons que les ingénieurs allemands ont tirées de l’expérimentation des obus torpilles [cf partie précédente]. La nécessité de répartir les batteries sur une vaste surface, les ont conduits à disséminer dans une zone pouvant varier de cent à deux cents hectares (glacis compris), trois ou quatre batteries cuirassées. Ces grandes batteries se présentent sous la forme de tourelles tournantes Schumann ou Grüsson pour une ou deux pièces (canons ou mortiers), de 100 à 200 mm. Ces alignements seront souvent présentés par la propagande comme les tourelles de la ligne Maginot. Ces tourelles sont reliées à un ouvrage principal par des communications souterraines profondes. Les organes actifs de la Feste sont dispersés en plusieurs groupes.

     

Les batteries sont complétées par :

  • une ou plusieurs casemates pour canon de 77 mm ;
  • des positions enterrées d’infanterie constituées de casernes à l’épreuve des bombardements, celles-ci sont à plusieurs niveaux ;
  • des dispositifs de mines permanents pour une mise à feu en cas d’investissement des dessous, de manière à cloisonner les organes à défendre ;
  • par un obstacle circulaire constitué par un épais réseau de fil de fer barbelé et par des obstacles particuliers (fossés, grilles, coffres de contrescarpe) encerclant chacun des organes intérieurs ;
  • un camouflage soigné.

A titre d’exemple :

  • le fort de Mutzig (Feste Kaiser Wihlem II) aurait du comprendre à terme, en 1918 : 6.500 hommes, huit obusiers de 150 mm, dix canons de 100 mm, huit canons de 60 mm sous tourelle et douze canons de 53 mm pour la défense des fossés ; soit une puissance de feu théorique de 6,5 tonnes d’obus à la minute !
     
  •  la place forte de Metz, ville urbanisée par l’Allemagne devient la plus grosse garnison du monde avec plus de 25.000 hommes.

Mais, avec l’arrivée du général Joffre à la tête de l’État-major, en 1911, il n’est plus question de doctrine défensive. La réflexion se tourne désormais vers un vaste plan offensif (le fameux plan XVII) devant conduire les troupes françaises à Berlin en quelques semaines. Ce « tout pour l’offensive », s’appuyant sur un canon de 75 mm, porté aux nues, vont conduire l’armée française à négliger : les fortifications (certaines places, comme Verdun, sont désarmées) et l’artillerie lourde de campagne et de siège, alors que l’arme absolue va se révéler être l’obusier lourd Krupp de 420 mm.

L’armée allemande présente, en 1909, son obusier lourd tirant un obus de rupture à détonateur arrière de 1.200 kilogrammes, avec une portée de dix à douze kilomètres. Ses obus ont une pénétration de 300 millimètres dans les blindages. Cet obusier est complété par des pièces de 305 mm (douze exemplaires) et de 210 mm (cent vingt exemplaires). L’armée allemande dispose donc, en 1914 d’une artillerie de siège suffisante pour attaquer avec succès les ouvrages qui vont se dresser sur sa route.

En août 1914, la chute prématurée du fort de Manonviller met en exergue l’insuffisance des systèmes de ventilation et de communication, tout comme l’obsolescence des tourelles Mougin [cf partie 2 de cet article] et le concept du fort isolé. La chute du fort du Camp des Romains (le 25 septembre 1914) confirme que les forts non modernisés ne peuvent que résister à l’artillerie de campagne. Par contre, le système des rideaux défensifs a plutôt bien joué son rôle.

     

Les effets secondaires des bombardements par les obus de gros calibres provoquent : des commotions nerveuses, des dépressions,  des accès de folies dangereuses  qui amènent le commandement à entreprendre les « travaux de 17 ». Ces réalisations débutent au cours de la bataille de Verdun (en 1916 au fort de Moulainville (secteur est de la place de Verdun) et rendus réglementaires par la note n°3293 du 6 août 1916) afin de permettre aux garnisons des forts et des ouvrages de se mettre à l’abri du bombardement par les obus de gros calibres. Des puits verticaux ou des tunnels d’accès rejoignent un réseau souterrain reliant les divers organes des ouvrages et permettent l’évacuation de sa garnison par une sortie extérieure défilée. On estime la longueur des galeries, puits et tunnels en service en novembre 1918 à environ 34.200 mètres. Les casemates à mitrailleuses Pamart (du nom de leur concepteur, le capitaine Pamart, chef du service de l’atelier des forts de la place de Verdun) commencent à être installées à l’extérieur des forts dès septembre 1916 pour le modèle à deux créneaux.

     

Des chicanes maçonnées ou bétonnées avec des orifices de tir et des glissières à grenades sont construites devant certaines entrées ou dans les couloirs souterrains des casernes, conséquence des retours d’expérience des combats du fort de Vaux. On installe des centrales électriques, des ventilateurs avec des filtres anti-gaz, des ascenseurs (Douaumont)… .

 Au sortir de la Grande Guerre, la fortification française modernisée a dans l’ensemble assez bien résisté aux canons de l’artillerie de siège. Cette résistance est due à l’épaisseur et à la qualité des aciers spéciaux et à la solidité des bétonnages. Toutefois, les faiblesses suivantes sont relevées :

  • l’exigüité des observatoires cuirassés ;
  • le manque de circulations protégées ;
  • des lignes téléphoniques trop rapidement hors service ;
  • le béton armé parfois trop ferraillé et parfois pas assez épais ;
  • la fragilité des avant-cuirasses en fonte dure ;
  • les tourelles de mitrailleuses trop rapidement neutralisées ;
  • les phénomènes d’asphyxie et de neutralisation du personnel; les forts n’ont pas su préserver la capacité combative de leurs occupants ;
  • les ressources autarciques insuffisantes, en eau notamment ;
  • les effets psychologiques et physiologiques provoqués par les obus de gros calibres.

La dispersion des éléments, leur enfouissement, la large utilisation du béton et du blindage annoncent sans conteste l’étape suivante de la fortification : la ligne Maginot.

 La ligne Maginot ou « l’armure incomplète » [Général Bouley]

En 1920, le conseil supérieur de la guerre décide d’étudier une stratégie à mettre en œuvre pour défendre la frontière du nord-est de la France.

Le 3 août 1922, est créée la Commission de Défense du Territoire (C.D.T.). Elle propose l’équipement de régions fortifiées pour barrer les quatre voies d’invasion : la vallée de la Moselle, le plateau Lorrain, la plaine d’Alsace et la trouée de Belfort.

Le 31 décembre 1925, la Commission de Défense des Frontières (C.D.F.) est chargée de déterminer les zones à équiper et de fixer les caractéristiques des ouvrages à construire. Cette commission sonne définitivement le glas de la fortification de type Serré de Rivières.

Le 30 septembre 1927, un organe spécialisé : la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (C.O.R.F.) précise les emplacements des positions et définit les douze normes structurelles et techniques des ouvrages.

Présentée en décembre 1929 par le ministre de la Guerre André Maginot, la loi décidant la construction d’une ligne de fortifications allant des bords de la Méditerranée jusqu’à la frontière belge est votée et la loi est signée le 14 janvier 1930 par le président de la République Gaston Doumergue. Désormais, est lancée la construction de ce que l’on nomme la ligne Maginot sur le principe d’une organisation en profondeur. Elle tire les enseignements de la guerre précédente, des nouveaux progrès de l’artillerie et de la nouvelle puissance de l’aviation.

C’est la conception du fort palmé qui est adoptée. Les organes de feu et les observatoires sont dispersés. Les zones vie et technique sont regroupées dans des locaux souterrains à grande profondeur (vingt à trente mètres). Apparaît la notion de «bloc» réunissant plusieurs armes sous la protection du béton. Des pièces d’artillerie nouvelles sont conçues pour équiper ces blocs. Les blocs d’artillerie sont surplombés par des cloches blindées abritant des mitrailleuses et des systèmes d’observation. On accède à ces tourelles et à ces cloches par des puits. Les casemates de flanquement semi-enterrées donnent sur l’extérieur par un mur de façade dans lequel sont percées des trémies de tir. Dans les gros ouvrages, on différencie les entrées : une pour les hommes et une pour les munitions et le matériel [pour illustrer cette partie, vous pouvez vous rendre à la page d’accueil : galerie photos]. Au pied des entrées et des casemates de flanquement sont creusées un fossé diamant.

L’artillerie de la ligne Maginot est organisée de la manière suivante (non exhaustif) [pour illustrer cette partie, vous pouvez vous rendre à la page d’accueil : galerie photos] :

  • pour l’action lointaine, des canons-obusiers de 75 mm modèles 1929 de casemate, 1932 (à pivot fictif) de casemate (pour les casemates de flanquement), 1932 Raccourci (pour les casemates de flanquement et les coffres de contrescarpe), 1933 de casemate (pour les casemates d’action frontale), avec une portée comprise entre 6.000 et 12.000 mètres, à une cadence théorique de 30 coups par minute sur 1,5 hectares, en tir normal ;
  • pour le battage des fonds de vallée, des ravins et des angles morts, des mortiers de 75 mm modèles 1931 et 1933 (casemates de flanquement et d’action frontale ou sous tourelles) d’une portée d’environ 6.000 mètres; des lance-bombes de 135 mm modèle 1932 sous casemates et tourelles, d’une portée de 5.600 mètres et par des mortiers de 81 mm modèle 1932, d’une portée de 3.400 mètres ;
  • pour la défense antichar, des pièces remarquables de 37 et 47 mm de casemate, modèle 1934, placées dans les blocs d’entrée et dans les casemates d’infanterie ;
  • pour la défense rapprochée : des canons antichars de 25 mm modèle 1934, des mortiers de 50 mm modèle 1935, des mitrailleuses Hotchkiss de 13,2 mm modèle 1930, des jumelages de mitrailleuses Reibel de 7,5 mm modèle 1931, des fusils-mitrailleurs (jumelés ou non) modèle 1924-1929, des lance-grenades de fossé.
Fresque du bloc 2 de l'ouvrage du four à chaux. Collection lignemaginot.frOuvrage de Schoenenbourg, A l'intérieur du Bloc 7 (entrée des munitions). Le canon antichar de 47mm modèle 1934 est en position d'effacement car le jumelage de mitrailleuses Reibel modèle 1931 est en place dans le créneau de tir. Au mur, les chargeurs circulaires de 150 cartouches.Collection Thomas Bresson.      

On trouve également des obstacles, notamment :

  • des réseaux de barbelés, en avant des ouvrages et sur le dessus des blocs, complétés au du sol par des ardillons [attention, notamment lors de la visite d’ouvrages hors des sentiers battus, ceux-ci enfouis et invisibles sous la végétation peuvent causer de graves blessures] ;
  • des réseaux antichars constitués de rails de chemin de fer enfoncées dans le sol à deux mètres de profondeur et dépassant de 0,70 à 1,40 mètres.

Visite de la ligne Maginot en Moselle :

Les transmissions ont été particulièrement étudiées. Le réseau filaire réservé à l’artillerie est profondément enterré à l’arrière des ouvrages. Il relie tous les observatoires aux services de renseignements et d’interprétations situés au poste de commandement de l’ouvrage. Ce système a pratiquement décuplé l’efficacité de l’artillerie des forts. Car, il permet, selon un terme moderne, de mettre en conférence : les observateurs, les commandants d’artillerie des ouvrages et les chefs de blocs. Les feux sont déclenchés en moins de deux minutes après le repérage de l’objectif.

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 Pour éviter aux équipages des ouvrages les épisodes traumatisants vécus par leurs ainés dans les forts encerclés de Verdun, les gros ouvrages (dits de première classe) peuvent vivre et combattre en autarcie pendant trois mois. La vie à l’intérieur de l’ouvrage est calquée sur celle des navires de guerre. Un service par quart rythme la vie et l’occupation des locaux. L’absence de lumière solaire (dans certains gros ouvrages, il existe des solariums) , de différence entre le jour et la nuit et l’exiguïté des locaux affectent le moral des soldats pendant les huit mois d’attentisme de la drôle de guerre. Ce « mal-être » est appelé « bétonite » par les équipages.

Les ouvrages ont particulièrement bien résisté aux coups de l’artillerie et de l’aviation en 1940, car les épaisseurs de béton sont calculées selon quatre degrés de protection contre les obus de 150 à 420 mm :

Degré de protection

1

2

3

4

Calibre en mm

150

240

300

420

Dalle

1,50 m

2,00 m

2,50 m

3,50 m

Murs exposés

1,70 m

2,25 m

2,75 m

3,50 m

Murs non exposés

1,00 m

1,00 m

1 à 1,30 m

1,30 m

Radiers, planchers

0,5 m

1 à 1,25 suivant les cas

Chaque niveau de protection garanti contre deux coups au même point du calibre considéré ou d’un coup isolé du calibre supérieur.

Pour attaquer ces ouvrages, les Allemands font appel aux techniques suivantes :

  • attaques aériennes (d’altitude ou/en piqué) en vue de bouleverser les dessus, aveugler les ouvertures, éventuellement atteindre un organe vital et enfin, ébranler le moral des défenseurs ;
  • tirs d’artillerie, essentiellement pour ouvrir des brèches dans les réseaux de fil de fer et pour créer des entonnoirs, facilitant l’assaut de l’infanterie ;
  • tirs d’artillerie légère (37 et 88 mm) visant les cloches et les cuirassements ;
  • assaut par de l’infanterie spécialement entraînée pour neutraliser ce genre d’ouvrage avec placement de charges explosives sur les blindages, lancement de grenades et de fumigènes par les ouvertures.

Film sur la tragédie de l’ouvrage de la Ferté (petit ouvrage d’infanterie du secteur fortifié de Montmédy).

Les gros ouvrages se sont bien comportés face aux bombardements en piqué des Stukas porteurs de bombes de 100 à 150 kilogrammes et aux coups de l’artillerie. Par exemple, l’artillerie lourde se déchaîne sur l’ouvrage du Schoenenbourg (secteur fortifié de Haguenau). Il reçoit cinquante obus de 420 mm (obus de 950 kilogrammes) à la fréquence d’un toutes les sept minutes sans que sa résistance en soit ébranlée. Les dommages les plus significatifs seront provoqués par les canons de 88 mm. Leurs obus à haute vitesse initiale, se révèlent être de redoutables perceurs de blindage et leur précision leur permette d’atteindre les embrasures.

 

Les ouvrages « de qualité » disposant de leur armement de dotation restèrent invaincus, tandis que les constructions non abouties ou sans défense en profondeur tombèrent rapidement.

Laissons au maréchal Juin la conclusion de ce chapitre : «Conçue pour économiser des forces au bénéfice de la manœuvre, la ligne Maginot semblait être devenue dans l’esprit de nos chefs une fin en soi, du fait de l’attraction exercée pendant la drôle de guerre par le seul front de contact entre le Luxembourg et la frontière Suisse. Elle avait aussi fini par absorber pour elle-même une partie des économies réservées aux éventuelles manœuvres offensives, qui ne furent pas à leur place au 10 mai 1940. C’était pêcher contre l’esprit.».

 Le Mur de l’Atlantique ou la fortification standardisée

Dans ce paragraphe, le terme « Mur de l’Atlantique » est employé de manière générique pour désigner le mur de l’Atlantique (Atlantikwall) et le mur de la Méditerranée (Südwall).

Pour l’Allemagne, après l’armistice, la menace vient de l’Angleterre. Pour contrer une possible invasion, des batteries lourdes sont établies, au plus près de l’Angleterre, dans le Pas-de-Calais dès 1940. Ce sont les prémices de la nouvelle muraille de béton qui sera établie le long des côtes, du nord de la Norvège à la frontière hispano-française, puis le long de la méditerranée de Collioure à Menton.

Dès le 14 décembre 1940, les premières mises en défense des côtes du Nord et du Pas-de-Calais débutent par la mise en place des batteries lourdes, mais c’est le 23 mars 1942, qu’Hitler, par la directive n°40, pose en neuf points précis les jalons du futur Mur de l’Atlantique :

  • obligation de placer une ligne de feu continue en bordure de côte ;
  • nécessité de protéger sous béton le maximum de pièces et de servants contre les bombardements ;
  •  utilisation du plus grand nombre possible de pièces d’artillerie de tous calibres et de tous pays convenablement protégées sous béton ;
  • les batteries doivent être aménagées pour pouvoir résister isolément pendant soixante jours ;
  • les obstructions doivent être multipliées en profitant de tous les obstacles naturels;
  •  des soins particuliers sont à donner aux installations en cours, ainsi qu’à la protection des moyens de guet et de détection (radars et émetteurs) ;
  • donner une part importante à la défense antiaérienne (Flak) pour lui permettre de défendre les ensembles stratégiques ;
  • les diverses organisations militaires doivent donner un échelonnement en profondeur de leur défense ;
  • le camouflage doit être très soigné de manière à rendre difficile le repérage des objectifs par la recherche alliée.

Les priorités concernent les ports à fort tonnage, les bases de sous-marins, les rades des îles et les portions de côtes favorables à un débarquement. L’organisation Todt en est le maître d’ouvrage, comme elle le fut pour les 3.000 kilomètres d’autoroute du Reich et le Westwall (ligne Siegfried). La construction est répartie entre la Marine (Kriegsmarine), chargée de la défense des grands ports et l’armée de terre (Herr) chargée des intervalles.

 La construction du Mur se heurte à des difficultés, elle doit :

  • s’effectuer en plein jour sous la menace de l’aviation ;
  • contrer les tentatives d’espionnage ;
  • faire face aux sabotages ;
  • tenir compte des difficultés d’acheminement et de la rareté de certains matériaux.

En 1937 avec le Pionnerprogramm, en 1938 avec le Limesprogramm et entre 1939 et 1943 avec le Die Regelbautern, les Allemands établissent des catalogues de constructions standardisées. Ce sont dans ces catalogues que l’organisation Todt va puiser ses modèles pour édifier « la forteresse Europe ». Les ouvrages portent une référence de type Lettre/Numéro.

Dans certains ouvrages, nous avions relevé les dénominations suivantes :

  • pour la Kriegsmarine : Mxxx, avec xxx allant de 120 à 741 ;
  • pour la Heer : Hxxx, avec xxx allant de 1 à 704 ;
  • pour la Luftwaffe : Lxxx, avec xxx allant de 1 à 497 ;
  • pour les bâtiments techniques : Vxxx ;
  • pour la Flak de la Kriegsmarine : Flxxx ;
  • pour les constructions massives : Sxxx.

Mais, selon certains, ces dénominations sont une erreur, notamment pour le H de Heer. Le classement des séries n’est si si facile que cela et certaines erreurs perdurent...Ainsi la Kriegsmarine est responsable de l’ensemble de la protection des ports, en particulier ceux abritant une base pour sous-marins, mais aussi pour vedettes rapides. Elle possède donc sa propre défense anti-aérienne, servie par des artilleurs de la Kriegsmarine et des ouvrages spécifiques. On devrait donc rattacher la série « Fl » à la Kriegsmarine ainsi que les ouvrages de la série « S ».

Deux traductions possibles pour cette dernière lettre.

Lorsque que l’ouvrage est destiné à une batterie lourde de la Marine, il prend le préfixe « S » pour Schwer, lourd en français. Ce type de construction est destiné à recevoir du matériel standard (canons, optiques) et donc construit à plusieurs exemplaires.
Voir le plan par exemple pour le S 446 construit en protection « B ».
 
Regelbau S 446. Collection BAMA (archives fédérales allemandes).Lorsqu’il s’agit d’abriter un matériel exceptionnel, comme des canons de prise de guerre ou de réutilisation, le « S » doit être traduit par Sonderbau, c’est-à-dire : construction spéciale.
Voir le plan du S 548, abri pour munitions, spécifique à la batterie.

Sonderbau S 548. Collection BAMA (archives fédérales allemandes).[Les précisions ci-dessus ont été apportées par un lecteur : monsieur Patrick Fleuridas (kerfleu@yahoo.fr), un passionné des constructions allemandes de la seconde guerre mondiale du Westwall à l’Atlantikwall].

Exemple pour une série de la Heer de la série 600, entre 655 et 677 :

655 :abri pour 6 hommes avec soute.
656 : abri pour 15 hommes.
657 : abri pour deux cuisines.
658 : abri avec citerne.
659 : abri avec citerne en A.
660 : abri pour chargeurs de batteries.
661 : abri sanitaire.
662 : casemate pour canon de campagne en protection A .
663a : casemate pour 100 mm KK et MG – flanquement à droite en protection A.
663b : casemate pour 100 mm KK et MG – flanquement à gauche en protection A.
664 : abri avec cloche pour obusier léger en protection A.
665 : poste d’observation d’infanterie avec cloche.
666 : poste d’observation d’infanterie avec petite cloche.
667 : petite casemate pour 50 mm KwK.
668 : petit abri pour 6 hommes.
669 : casemate pour canon de campagne, sans locaux annexes.
670 : casemate pour canon sur affût avec embrasure de 90°, sans locaux annexes.
671 : casemate pour canon sur affût avec embrasure de 120°, sans locaux annexes.
672 : abri pour canon I, sans locaux annexes.
673 : abri pour canon II, sans locaux annexes.
674 : petite soute à munitions.
675 : petit abri avec citerne.
676 : petite casemate pour 47 mm Pak K 36(t).
677 : casemate pour 88 mm Pak 43/41, sans locaux annexes
.

Les ouvrages sont également classés en trois familles :

  • les petits ouvrages (Kleinstände) regroupant les « Tobrouk » (le Ringstand  ou « position circulaire » est le plus petit ouvrage monolithique utilisé dans la fortification du Mur de l’Atlantique), les plateformes pour canons antichar (Pak) et l’ensemble des ouvrages de moins de 100 m2 ;
  • les emplacements d’artillerie du canon de Flak à la pièce lourde de 240 mm ;
  • les ouvrages avec une protection renforcée de plus de deux mètres d’épaisseur.
     

Sur les 3.476 kilomètres de côtes entre la Belgique et l’Italie, 12.444 ouvrages bétonnés voient le jour ; à ce chiffre se rajoutent environ 15.000 ouvrages variés réalisés par de la main-d’œuvre de proximité (en béton léger, en briques ou par adaptation de la fortification côtière française existante).

La propagande allemande transforme l’Atlantikwall en un mythe de l’invincibilité et de la grande puissance protectrice du Reich au travers d’une multitude de reportages cinématographiques, radiophoniques et journalistiques. Les batteries du Pas-de-Calais sont les plus médiatisées, car plus proches de l’Angleterre et armées des plus grosses pièces d’artillerie. Les batteries lourdes établies dans le Pas-de-Calais sont destinées à appuyer l’invasion de la Grande Bretagne et non pour se prémunir d’une invasion. Ces canons furent d’ailleurs installés dans des encuvements circulaires à l’air libre avant d’être protégé par une épaisse couche de protection en béton.

Ces importants complexes appartiennent à la Kriegsmarine.

La batterie « Lindermann » (à Sangatte) est l’installation la plus puissante du Mur de l’Atlantique en France : trois pièces de 406 mm sous casemates. Celles-ci ont pour codes : Cäsar, Bruno et Anton. La batterie porte le nom du commandant du cuirassé Bismarck, tombé au combat, le Kapitän zur See Ermst Lindermann. Ces canons peuvent tirer des obus de près d’une tonne entre quarante et cinquante kilomètres en fonction de la charge de l’obus. Originellement, ces canons, fabriqués par Krupp, sont destinés à équiper un cuirassé de classe H, mais la commande pour le navire est annulée peu après le début de la guerre. Les canons sont d’abord installés sur une batterie côtière en mer Baltique. Cette batterie, nommée Schleswig Holstein en souvenir d’une province d’Allemagne, était située près de Gdynia en Pologne. Les pièces d’artillerie seront finalement rapatriées sur la côte de la Manche, de peur de les voir tomber aux mains de l’armée russe, et c’est de cet emplacement qu’elles tireront près de 2 200 obus sur le sud de l’Angleterre. La batterie Lindemann est prise lors de l’avancée des alliés en automne 1944. Après sa libération, la batterie est en partie détruite par les Anglais pour tester la résistance des bétons, avec pour conséquence d’en interdire l’usage au profit de la marine française. Celle-ci n’est actuellement plus visible, ayant été ensevelie sous les dépôts de craie provenant de la construction du tunnel sous la Manche, on peut néanmoins voir très clairement les nombreux cratères entourant le site, créés par les impacts de bombes et les obus alliés. Le poste de tir demeure accessible.

Visite de la batterie Lindermann :

 

     

La batterie « Todt » (hameau de Haringzelles sur la commune d’Audinghen) est la seconde batterie de marine la plus puissante du Mur de l’Atlantique en France  : quatre pièces de 380 mm sous casemates tirant des obus jusqu’à quarante-deux kilomètres. La batterie est inaugurée avec éclat le 10 févier 1942 en présence de hauts dignitaires de la marine allemande, tire son premier obus le 12 février. Initialement nommée batterie Siegfried, elle est renommée batterie Todt en l’honneur de l’ingénieur nazi Fritz Todt, créateur de l’organisation éponyme et tué quelques jours plus tôt dans un accident d’avion. Elle fut prise fin septembre 1944, par les troupes anglo-canadiennes après un intense bombardement aérien.

Une des casemates abrite aujourd’hui un musée sur la Seconde Guerre mondiale. À l’extérieur est exposé un canon d’artillerie de marine « K5 » de calibre 280 mm monté sur un wagon. Ce canon, sur voie ferrée, est capable d’envoyer un obus de 250 kilogrammes à plus de soixante kilomètres.

     

La batterie « Oldenburg » (à l’est de Calais, au lieu dit le Moulin Rouge) : deux pièces de 240 mm (calibre réel de 238 mm) incorporées sous deux énormes casemates bétonnées dont chacune à sa propre personnalité. Les pièces ont une portée de vingt-neuf kilomètres. Il s’agit de pièces russes de 254 mm capturées en 1915 puis recalibrées par Krupp en 240 mm.

     

La batterie « GrosserKurfürst » (au sud du cap Gris-Nez, au hameau de Framzelle) : quatre pièces de 280 mm sous tourelles blindées. Les tourelles blindées reposent sur les dalles de couverture d’un solide bunker et elles sont entourées d’un épais « masque » en béton. Les canons peuvent envoyer des obus de 300 kilogrammes à trente-huit kilomètres. Ces pièces proviennent du croiseur de bataille éponyme. Elles remplacent les canons de la batterie « Prinz Heinrich », déménagée en 1943 vers le front de l’Est. La batterie se rend le 29 septembre 1944 aux troupes canadiennes.

     

La batterie « FriedrichAugust » (au nord du bourg de Wimille, au lieu dit La Trésorerie) : trois pièces de 305 mm pouvant tirer entre trente-deux et cinquante kilomètres en fonction de l’obus. Les trois canons proviennent de l’Ile de Wangerooge (île allemande d’environ huit km². C’est la plus orientale des îles de la Frise-Orientale à l’est de Spiekeroog). Les pièces sont scellées sur une embase circulaire en béton, on y adjoint une rampe en béton permettant de faire évoluer des chariots porte-obus sur leur voie de 0,60 mètres. La batterie fut prise par l’armée canadienne, le 17 septembre 1944.

     

À leur suite, s’échelonnent en profondeur :

  • un grand nombre de batteries annexes de calibres divers pour la défense terrestre et aérienne des batteries ;
  • des abris (munitions, matériels, personnel) ;
  • de postes d’observation et de direction de tir ;
  • des points d’appuis légers en flanquement.

Des soldats de l’organisation Todt procèdent aux dernières installations :

Le principal problème pour les Allemands est d’harmoniser au maximum leur artillerie pour pallier la complexité de la dotation en munitions. Les canons équipant le Mur de l’Atlantique sont souvent des modèles anciens d’origines diverses (françaises, belges, italiennes, norvégiennes, tchèques, russes, britanniques….) et de calibres variés. De plus, ces pièces n’ont pas été conçues pour le tir au but sur des cibles marines.

Alors que les batteries sous la responsabilité de la Kreigsmarine sont servies par du personnel formé, disposant de moyens de repérage et de direction de tir, celles de la Heer sont sous-équipées et son personnel manque d’entraînement.

En novembre 1943, le Generaldfeldmarshall Erwin Rommel est nommé par Hitler au poste d’inspecteur général des défenses côtières. Hitler qui en avait ordonné l’édification ne  visitât jamais le Mur de l’Atlantique. Après avoir visité les différents secteurs côtiers, Rommel préconise la mise en place de petites installations, d’emplacements variés de combat, de tranchées, de fausses postions d’artillerie en bois pour attirer les bombardements ennemis, la réalisation d’obstacles antichars, la pose de millier d’obstacles sur les plages, des champs de mines (plus à l’intérieur des terres) et des secteurs inondables. Celui-ci affirme : «On peut imaginer toutes sortes de diableries dans le but de bloquer les assaillants sur le rivage». Grâce à ces réalisations entreprises rapidement et menées à bien en quelques mois, les fortifications côtières deviennent une barrière de moins en moins franchissable.

Rommel inspecte le Mur de l’Atlantique :

Quelques obstacles de plage :

       

Le Mur de l’Atlantique est constitué de nombreux ouvrages bétonnés provenant de différentes familles, mais chacun d’eux possède une affectation spécifique.

Plan d'une petite casemate pour canon de 50 mm, type H 667. Collection Yannick Delfosse. .Les points d’appuis légers (Widerstandnest ou « Wn ») sont installés près du rivage pour combattre un ennemi directement dès son débarquement, en complément des divers obstacles de plage. Échelonné en moyenne tous lesOmaha Beach, Saint-Laurent-aint-Laurent. Casemate H667 de flanquement de plage armée de son 5 cm KWK L/42. deux ou trois kilomètres, le point d’appui consiste en une série de casemates de flanquement pour des pièces antichars, de « Tobrouk » pour mitrailleuses, pour projecteurs, pour obusiers, le tout flanqué par des abris pour le personnel et par des soutes à munitions.

Casemate H677 pour Pak 43 / 41de 88 mm. Diorama a l’échelle du 1/72e Cette maquette mesure 1,30 M de longueur par 0.80 cm de large Reproduction historique du point d' appui WN72 sur Omaha Beach Sortie de plage D1 secteur de débarquement américain Dog Green / Charlie Sur la Plage de Vierville sur Mer. Collection modelatlantikwall.Les points d’appuis lourds (Stützpunkte ou « Spt ») sont installés sur les côtes pour protéger les zones à risque. Ceux-ci sont constitués avec les mêmes éléments de base que le point d’appui léger, mais ils disposent en plus d’ouvrages spécifiques pour la lutte antichar : casemates pour canon de 47 mm à rotule, casemates pour canon de 75 mm (Pak 40) et 88 mm (Pak 43/41).

Les barrages antichars (Panzerwerk) sont installés autour des forteresses ou dans les ports secondaires. Ils comprennent des ouvrages cuirassés pour mortier de 50 mm, des mitrailleuses sous cloches blindées, des observatoires cuirassés et des garages pour pièces antichars. Ils sont prévus pour briser l’élan d’une attaque de blindés appuyés par l’infanterie.

Les batteries d’artillerie divisionnaires servies par l’armée de terre, emploient des casemates relativement cubiques, réalisées dans la simplicité. La casemate standard est constituée d’une chambre de tir et de deux soutes à munitions, avec une embrasure frontale réduite, une joue de protection et un accès sur l’arrière pour entrer et sortir la pièce d’artillerie montée sur roues. Une seconde version de cette casemate dispose d’un sous-sol pour évacuer les douilles.

Les batteries d’artillerie côtière, servies par la marine et par l’armée de terre, sont destinées à l’action lointaine et à l’engagement contre les navires. Elles sont placées dans des encuvements circulaires ou à l’intérieur de casemates possédant un front à redans et un champ de vision de 120 degrés. Les Allemands emploient aussi comme batteries côtières des batteries sur voie ferrée et des tourelles blindées démontées des navires de guerre.

 

L'arrière du poste de tir et d'observation de la batterie de Longues-sur-Mer. C'est le poste de tir et d'observation du 'Jour le plus long".Chaque batterie est généralement constituée de trois ou quatre pièces en encuvement ou sous casemates, dont l’artillerie est dirigée par un poste de tir et d’observation (Feuerleitung Bunker). Dans son périmètre, la batterie regroupe des ouvrages annexes permettant l’autonomie de celle-ci : abris pour le personnel, pour les vivres et le matériel, un point d’eau, des soutes à munitions et des baraques en bois pour la vie courante. L’ensemble est protégé et ceinturé par des « Tobrouk » pour mitrailleuses, des champs de mines et des réseaux de barbelés. Le plus bel exemple est certainement la batterie de Longues-sur-Mer dans le Calvados.

Le 11 août 1944 : Longues-sur-Mer :

Les stations radar, de détection et de radio-guidage disséminées le long des côtes et à l’intérieur des terres signalent toutes les activités aériennes et navales en approche des côtes et guident la Luftwaffe dans ses raids aériens. Ces stations sont reliées aux postes de commandement régionaux, aux escadrilles, à l’artillerie côtière et à la défense contre avions de secteur.

Les bases de sous-marins et de vedettes rapides. La base de Lorient/Kerroman est le plus important complexe de maintenance et de réparation pour sous-marins construit en Europe. Elle aligne trois ensembles bétonnés dont deux permettent de caréner les sous-marins dans des alvéoles à sec et de les réparer. En dehors de la base, il existe aux alentours toute une infrastructure de complément : usines, soutes à torpilles et des organes de défenses rapprochés. Un soin particulier est apporté à la réalisation des ensembles abritant les sous-marins : la couverture de ceux-ci se compose d’une première dalle (épaisseur de 3,5 mètres) noyée dans un treillis de poutres métalliques et de barres d’acier, d’une seconde dalle (épaisseur 2,10 mètres à 3,80 mètres) séparée de la première par une cavité afin de transférer son poids par les murs porteurs. Enfin, sur le sommet on trouve une structure de poutres de béton chargée de faire exploser les bombes à l’impact. L’espace laissé libre entre les poutres et la première dalle sert de chambre d’explosion. En août 1944, la base sous-marine est bombardée par une escadrille de Lancaster portant chacun une bombe spécifique de 5.500 kilogrammes. Sur les vingt-six bombes larguées, neuf touchent au but et cinq percent le toit de l’abri. L’explosion des bombes, sans doute munies de retardateurs, creuse des entonnoirs de cinq mètres de diamètre mais sans causer de dommage à l’intérieur.

Un surprenant visiteur pour le Mur de l’Atlantique !

Dès le mois d’avril 1944, des bombardements à haute altitude sont effectués sur les principaux sites et endommagent sérieusement les installations non bétonnées. Conscients des difficultés prévisibles, les alliés programment leur neutralisation par des équipes spécialement entraînées pour chacune des batteries. Lors des opérations de débarquement en Normandie et en Provence, les duels d’artillerie entre les batteries à terre et celles des navires cuirassés ne voient pas de réel vainqueur. Si l’avantage de la puissance plaide en faveur des navires, jusqu’à 406 mm ; les casemates ont l’avantage d’une position à l’intérieur des terres, d’un stock de munitions plus important. Certaines seront réduites au silence par une action terrestre de revers.

Article : comment « patrionaliser » les bases de sous-marins et le Mur de l’Atlantique.

Quelques photographies du secteur d’Omaha Beach après le 6 juin 1944 :

   

Documentaire de la série « infrarouge » sur le Mur de l’atlantique.

Film d’actualité : « A l’ouest, l’armée allemande organise la défense des côtes contre un éventuel débarquement « , ici.

L’après-guerre, la fin des fortifications ?

Après la guerre, l’armée française réoccupe certains ouvrages de la ligne Maginot et du Mur de l’Atlantique. Elle trouve les ouvrages de la Ligne en mauvais état : les combats de 1940 et de 1944, le ferraillage allemand au profit du Mur de l’Atlantique et les divers essais d’explosifs ont laissé des traces. Seulement dix pour cent de l’armement est encore en place ! A partir de 1949, l’évolution de la situation internationale, conduisant à la « Guerre Froide », justifie un regain d’intérêt pour la ligne Maginot :

  • le 4 avril 1949, création de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (O.T.A.N.) ;
  • le 25 mai 1949, création de la République Fédérale Allemande (R.F.A.) ;
  • en riposte, l’ Union des Républiques Socialistes Soviétiques (U.R.S.S.) créée le 7 octobre 1949, la République Démocratique Allemande (R.D.A.) ;
  • le 29 août 1949, l’Union soviétique fait exploser sa première bombe atomique.

Face à cette situation, le ministère de la Défense décide de remettre en état certains gros ouvrages de la ligne Maginot pour créer « des môles fortifiés » intégrés dans le dispositif arrière des forces de l’ O.T.A.N.. En 1950, est créé le Comité Technique des Fortifications (C.T.F.). Ce comité doit moderniser la Ligne par des projets :

  • de protection contre le souffle des explosions nucléaires ;
  • de modernisation des entrées ;
  • de développement de matériels nouveaux ;
  • de remplacement des canons de 75 mm par des canons de 105 mm ;
  • d’arasement des cloches ;
  • de modernisation des transmissions ;
  • d’installation de champ de mines ;
  • ………. .

En 1957, l’ouvrage du Hochwald (secteur fortifié d’Haguenau, est le plus grand ouvrage de la ligne Maginot en Alsace, il est également unique sur toute la Ligne de par sa complexité technique, sa superficie, ses équipements, son nombre de blocs) est transformé. Il devient la plus puissante station radar d’Europe. Il surveille l’activité aérienne du Pacte de Varsovie. L’ouvrage du Hochwald abrite aujourd’hui la Base aérienne 901 Drachenbronn de l’Armée de l’air et est de ce fait totalement fermé au public à l’exception du musée Pierre Jost, qui est ouvert pendant les journées européennes du patrimoine. L’ US Air Force utilise quelques temps les ouvrages de Molvange (secteur fortifié de Thionville) et de Teting (secteur fortifié de Faulquemont)

A ces opérations ambitieuses de réhabilitation est alloué un budget restreint, car une partie des crédits du ministère de la Défense est affectée aux opérations en Indochine. En 1960, le contexte géopolitique est à « la détente ». Le 21 juin 1960 sonne l’heure du chant du cygne pour la ligne Maginot. En effet, une note de l’État-major stipule :« Les ouvrages du Nord-Est n’ayant plus aucun rôle à jouer dans les plans de l’OTAN, il n’est plus question d’y consacrer des crédits importants ». Tous les travaux sont progressivement arrêtés et les ouvrages déclassés (entre 1964 et 1971). Seul, l’ouvrage de Rochonvillers (secteur fortifié de Thionville) poursuit une activité militaire jusqu’en 1997.

Une vente aux enchères de casemates de la ligne Maginot :

Les moyens modernes des Armées permettent d’engager des actions rapides, fortes et technologiquement pointues auxquelles la fortification permanente, si enterrée soit-elle, ne peut plus répondre. La fortification passagère, quant à elle, est encore bien présente notamment dans les combats urbains : les bâtiments sont rapidement transformés en véritables blockhaus et les quartiers en « places fortes ».

De plus, l’arme nucléaire rend de facto toutes fortifications inutiles. Mais par un curieux retournement de l’Histoire, l’atome a redonné une place aux abris creusés dans la montagne (Taverny, Vernon….) comme au premier temps.

 Conclusion

Indépendamment des progrès constants de l’artillerie, l’évolution de la fortification est également liée à la politique intérieure et extérieure des états, aux changements sociétaux, aux mutations de l’architecture et au développement des techniques industrielles.

La conjonction de ces phénomènes explique le foisonnement des ouvrages fortifiés en France et la richesse des solutions appliquées aux problèmes posés, notamment ceux liés à la puissance de l’artillerie, car de la confrontation entre les moyens offensifs de l’attaquant et les systèmes de protection, actifs ou passifs du défenseur, découle le succès ou l’échec.

Pour répondre (ou tenter de) à la question posée en titre d’article (Canon versus cuirasse, le vainqueur est…), nous pouvons dire qu’il n’y a jamais eu équilibre parfait entre le glaive et la cuirasse sans que le fléau de la balance ne désigne de réel vainqueur. L’esprit humain, qu’il soit d’un coté ou de l’autre a dû constamment faire preuve d’imagination et d’ingéniosité, afin de proposer des parades multiformes. Confrontées à l’assaut, au siège ou au bombardement, seules subsisteront celles ayant apporté la preuve de leur efficacité.

Laissons Napoléon Bonaparte conclure : « Comme les canons, les places sont des armes qui ne peuvent remplir seules leur objet ; elles demandent à être bien employées et bien maniées. ».

 Nous espérons que cet article vous aura intéressé tout autant qu’il fut passionnant pour nous à écrire. En tout cas, Fortification et Mémoire est heureux de vous faire partager le fruit de ses recherches.

Pour poursuivre : ″Les fortifications: pièces maîtresses et talons d’Achille de la stratégie militaire″.

Sources

Bibliographiques

  • Atlas de l’Artillerie, édition 2010.
  • Les canons de la victoire, Tome 1, 2 et 3, Histoire et Collection.
  • Histoire de Guerre, Blindé & Matériel, N°75, 78, 79, 80, 82, 96 et 97.
  • Guerres & Histoire n°8, Août 2012.
  • Histoire de la fortification en France, Yves Barde, Presses Universitaires de France, 1996.
  • Précis de la fortification, Guy le Hallé, 2002.
  • La fortification, histoire et dictionnaire, Pierre Sailhan, 1991.
  • 2000 ans de fortification française, Pierre Rocolle, 1989.
  • Les forteresses de l’Empire, Philippe Prost, 1991.
  • Les places fortes de notre Histoire, Hors série n°4, Histoire de Guerre, 2002.
  • La forteresse de Salses, Itinéraires du patrimoine, 1998.
  • La Lorraine fortifiée, Stéphane Gabert, 1994.
  • Les fortifications allemandes d’Alsace-Lorraine, Histoire & Collection.
  • 1916, Verdun. Secrets d’une place forte, Jean-Luc Kaluzko et Frédéric Radet, 2006.
  • Hommes et Ouvrages de la ligne Maginot, Jean-Yves Mary, Alain Holnadel et Jacques Sicard, Tome 5, Histoire et Collections, 2009.
  • La muraille de France ou la ligne Maginot, Philippe Truttmann et Frédérich Lisch, Édition Gérard Klopp, 2009.
  • Les canons de Hitler tirent sur l’Angleterre, Collection Historica.
  • Le Mur de l’Atlantique : les batteries d’Artillerie, Éditions Ouest-France, 2012.
  • Normandie 1944, Hors -série n°4 : le mur de l’Atlantique face au débarquement, 39-45 Magazine, 2011.
  • Fortifications et Patrimoine n10, avril 1999.

Internet

  • wikipedia.org
  • basart.artillerie.asso.fr
  • fortiffsere.fr
  • albervillefortifications.fr
  • atlantikwall.superforum.fr

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